Je souffre d’hyperphagie depuis mon adolescence, soit depuis plus d’une quinzaine d’années, mais j’ai mis un nom sur ces « crises », comme je les appelle, seulement depuis 2 ans environ. Frustré de ne pas réussir, à surmonter ces pulsions incompréhensibles, je me suis mise à googler dans tous les sens jusqu’à tomber sur ce trouble du comportement alimentaire qu’est l’hyperphagie.

Petite définition officielle : ici
Ma définition perso : manger une énorme quantité de nourriture jusqu’à ce que le mal de ventre m’arrête afin d’obtenir une sensation de bien-être et d’absence de réflexion durant ce laps de temps.

  • Est-ce que mettre un nom dessus m’a aidé : OUI !
  • Est-ce que cela a résolu mon problème : NON…

Dans la définition de l’hyperphagie, il est indiqué que les crises se produisent « à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit ». Je ne suis pas tout à fait d’accord, car d’après tout ce que j’ai pu lire sur les forums et de par mon expérience personnelle, il me semble que cela se produit à des moments bien particuliers et personnels à chacun (milieu de la nuit, goûter, le soir devant la télé…). Pour ma part, je me suis rendu compte que le moment et la façon dont cela se passe ont beaucoup plus d’importance que je ne le pensais. J’y consacrerai un article, car il y a matière, je vous l’assure.

Et donc souvent, le point commun des moments où cela se produit, c’est que nous sommes seuls… Je ne peux pas l’affirmer, mais je pense que c’est le cas pour une majorité des personnes qui en souffrent, c’est parce que nous avons honte. Honte de ne pas réussir à dépasser une simple pulsion, honte de devoir mentir à mon entourage, honte d’aggraver sciemment ma situation de surpoids, honte de me rediriger vers le surpoids durement perdu (car il est bien entendu que lors de ces crises, on ne se jette pas sur les carottes râpées !). Le cercle vicieux se dessine donc tout simplement, la crise se produit lorsque je ne me sens pas bien et je ne me sens pas bien après en avoir fait une.

Je pense souvent réussir à mettre fin à cette spirale de moi-même, car juste après (voir pendant) une crise, je me reprends en main, pleine de bonne volonté, en me disant que c’était la dernière, demain, j’arrête ! C’est facile de se dire ça lorsque mes placards sont vides et que mon ventre me fait mal tellement il est distendu. Cela l’est beaucoup moins le lendemain venu, quand je passe devant le supermarché en rentrant du travail, mon ventre criant famine à cause du jeûne que je me suis imposé pour compenser la crise de la veille. C’est alors que cette petite voix dans ma tête me dit « Allez cette fois ça sera vraiment la dernière et tu vas te remettre au sport, ça compensera ». Et ainsi de suite…

Lors de mes recherches post-crises, après un énième article « astuces anti-grignotages » qui ne fonctionnent absolument pas pour moi, j’ai fini par tomber sur l’hyperphagie. Et j’ai pu me rendre compte que je n’étais pas seule dans ce cas, au contraire. Ce qui est tout de même un soulagement, « ce n’est pas moi le problème, c’est la maladie ! ». Alors qu’en fait si…

Une première étape était franchie, mais bien que ce trouble du comportement alimentaire, qui touche une partie de la population, soit considéré comme une maladie, les facteurs déclenchants sont propres à chacun. Il ne suffit pas d’aller chercher des pilules magiques à la pharmacie pour s’en débarrasser. La question des antidépresseurs se pose, mais ça aussi je l’aborderai dans un autre article.

J’ai eu abordé timidement ces crises auparavant avec les médecins, mais sans réelle réaction de leur part. Surement, car j’ai minimisé leurs importances et que je ne suis pas rentré dans les détails (encore une fois, parceque c’est franchement la honte !) mais aussi, car les médecins généralistes n’ont pas/ne prennent pas franchement le temps de nous sonder à chaque visite. Mais là, étant un peu plus sûre de moi depuis ma découverte de l’hyperphagie, j’ai décidé de prendre RDV avec … un nutritionniste. Hé hop, encore une pirouette pour ne pas vraiment affronter le problème, mais passons c’était déjà le début d’une démarche. Et j’en ai été récompensé, car il se trouve que ce nutritionniste est aussi un psychologue qui s’intéresse à la cause du surpoids et pas seulement au chiffre sur la balance. Il m’a certainement vu arriver de loin, car lorsqu’il m’a demandé la raison de cette consultation, j’ai répondu « Après avoir perdu 40 kg, je fais 1m65 pour 54 kg et je me sens toujours grosse ». Alors oui, je vois venir les interrogations, même pendant cette période de perte de poids qui s’est déroulé sur plusieurs années, mes crises étaient toujours présentes. Cela aussi fera l’objet d’un autre article (du suspense digne d’un blockbuster et déjà trois sujets d’articles !). En écrivant ces lignes avec un peu de recul, je me rends compte que c’était quand même me voiler la face que de prendre rdv avec un nutritionniste et non avec un psychologue directement…

Deuxième étape franchie, le problème est dans ma tête, c’est un fait, mais pas une fatalité. Cette étape est longue, douloureuse mais aussi gratifiante. Cela m’a permis d’aborder mes crises d’hyperphagie avec mon entourage notamment mon compagnon et ce n’était pas une mince affaire. Mais aussi de relativiser et de me rendre compte que le plus important n’est pas d’en finir avec ces crises afin de ne plus prendre de poids mais surtout de faire disparaître le mal-être qui les provoque tout en apaisant celui qu’elles engendrent.

Alors malheureusement, je n’ai pas d’happy end car les crises sont toujours là mais c’est ma condition actuelle qui le veut. La différence, c’est qu’à présent, je les comprends, j’en parle et je culpabilise moins. Je ne vais pas mentir, il y a des jours où c’est une obsession du matin au soir, je ne pense qu’à ça et ça a un impact incommensurable sur mon quotidien. Cette différence, me permet de résister, de faire une crise plus raisonnable ou de faire une crise, mais de l’assumer et de prendre mon mal en patience le temps d’en régler la cause.

En revanche la bonne nouvelle, c’est que j’ai eu des périodes sans crises, aucune, des semaines sans que ça n’effleure ma pensée. C’est donc possible, mais avec de l’aide. Je ne sais que trop bien que cette phrase ne conviendra pas à beaucoup d’entre vous, car ce n’est pas la réponse que l’on recherche, ce n’est pas une solution immédiate, ce n’est pas une simple diète à suivre où un cachet à prendre, ce n’est pas applicable dès demain alors que ce soir, c’était ma dernière crise et que j’ai simplement besoin d’une marche à suivre pour les jours à venir et m’aider pour tenir le coup… Mais je suis persuadé que cette démarche peut aider beaucoup de personnes qui souffrent d’hyperphagie ou d’un autre type de trouble du comportement alimentaire.

Une troisième étape est en cours pour moi, réussir à maintenir une période sans crises où devrais-je dire sans lutte, car à présent, je craque beaucoup moins qu’avant. Ce blog en fait parti, j’espère que cette auto-thérapie sera une aide pour moi, mais pas seulement. Cet article, par exemple, peut être une occasion pour vous de passer la première étape et d’avoir une idée de quelle peut être la seconde. N’hésitez pas à partager vos expériences ou à poser vos questions en commentaires.

A la semaine prochaine.🍩

Aurélie

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